CYCLISME ET LIGAMENTS CROISES ?

S’il est courant de rencontrer des ruptures de ligaments croisés dans les sports de pivots et de contacts, il est beaucoup moins commun de rencontrer ce genre de pathologie dans le monde du cyclisme.La saison NFL comptait 66 ruptures de ligaments croisés antérieurs la saison passée, alors que cette affection est rarissime dans le monde du cyclisme.En analysant les mécanismes déclencheurs d’une telle blessure, on pourrait trouver surprenant qu’un cycliste soit un jour exposé à cette blessure, toujours lourde de conséquences pour un athlète professionnel.C’est pourtant ce qui est arrivé à Andy Schleck, lors de la troisième étape du Tour de France, alors qu’il reliait Cambridge à Londres… 

Zoom sur l’épidémiologie des affections chez le cycliste. On retrouve trois grandes familles de pathologies chez le cycliste : les traumatismes, les atteintes dégénératives ou de sur-sollicitation et les troubles posturaux.

Ce sont tous les traumatismes consécutifs aux chutes dont il s’agit dans la première famille, avec comme liste non exhaustive, traumatisme crânien, fracture de clavicule, fracture du scaphoïde carpien, luxation acromio-claviculaire,…traumatismes violents et souvent spectaculaires, ce genre « d’évènement » passe généralement en boucle dans les zappings sportifs. Alberto Contador en fait les frais avec une fracture du tibia suite à une chute lors de la 10èmeétape, celle de ce jour. Beaucoup moins excitantes (pour les spectateurs) sont les atteintes de la deuxième famille, les pathologies dégénératives. Comme son nom l’indique, le cyclisme requiert une activité cyclique, c’est-à-dire répétitive des membres inférieurs, qui transmettent une force à la bicyclette pour lui permettre de se déplacer. Imaginez que pour parcourir 60 kilomètres avec un développement de 6 mètres, un cycliste doit réaliser 10.000 coups de pédales ! Le Tour de France à lui seul compte 3.664 kilomètres…à vos calculettes !

Un impact non-négligeable sur la mécanique humaine, articulations, tendons, ligaments et cartilages. En ce qui concerne l’articulation du genou, les tendinites sont légion avec diverses localisations comme le tendon rotulien, le tendon quadriciptal, la patte d’oie et le tenseur du fascia-lata. Les cartilages fémoro-patellaires (entre le fémur et la rotule) peuvent être le site de frictions répétitives et aboutir à une usure prématurée du cartilage ou déclencher un syndrome fémoro-patellaire inflammatoire.

Tout ceci est indéniablement lié aux pathologies de la troisième famille, les pathologies posturales.

Car si la plus grande attention est portée à la morphologie du cycliste, genu-varum/valgum, tendons d’Achille courts, dysplasie rotulienne, inégalité de longueurs des membres inférieurs, etc., le cycliste est assis sur un vélo dont les réglages doivent être optimisés en termes de performance mais également en terme d’ergonomie. Un défaut de réglage générera une contrainte articulaire minime mais qui, à l’échelle du million de coups de pédale, pourrait s’avérer pathogène.

En fait, ces trois familles sont intimement liées. Pour faire court, une fragilisation d’une structure anatomique par sur-sollicitation la rendra vulnérable en cas de traumatisme et un traumatisme peut engendrer la mise en place de compensations qui génèreront la dégénérescence des structures voisines.

Mais revenons-en à Andy Schleck. Que s’est-il donc passé ? Un traumatisme violent avec un photographe amateur et imprudent est à l’origine de la chute. Le risque zéro n’existe pas. Il est constamment présent. Mais comment le ligament croisé a-t-il pu se rompre ? Les fixations aux pédales ne se sont-elles pas libérées, recréant les traumatismes rencontrés en ski alpin ? Régulièrement blessé ces dernières années avec notamment une fracture du bassin, quelle est la part de compensations mise en place par le cycliste. Le ligament croisé antérieur était-il déjà fragile au moment de la chute ? Difficile de trouver le « coupable ». Le matériel, les compensations, le traumatisme ? Les trois familles sont intimement liées.

L’intérêt du suivi longitudinal des athlètes trouve sa place ici. Diminuer le risque au maximum en procédant à un monitoring régulier des tissus mous, véritables marqueurs de fatigue du sportif.

L’étude approfondie de ces marqueurs permet de corriger les déséquilibres biomécaniques et matériels et donc, leur impact sur l’organisme. Les mêmes principes sont appliqués en rééducation afin de sécuriser le retour à la compétition et de programmer de manière strictement personnalisée les charges de travail imposées à l’athlète.

La nature du sport d’Andy Schleck, sans pivot et sans contact, devrait lui permettre de remonter sur la selle dans des délais raisonnables. Nous souhaitons tout le meilleur à ce champion pour revenir au plus haut niveau dans un sport, où le dépassement de soi est de tous les instants !

 

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